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Il est des moments dans une vie où nous sentons être parvenus à une espèce de carrefour existentiel, voire même d’impasse d’où naît l’impression d’avoir épuisé toutes les ressources que notre présent peut nous offrir en termes de surprise et d’intérêt. Il semble dès lors que plus rien ne soit en mesure d’aiguiser notre curiosité et nous nous voyons condamnés à stagner dans une espèce d’épais brouillard dépourvu de toute percée.

Il serait alors tentant d’appeler à la barre divers responsables, comme par exemple le poids d’une routine professionnelle et familiale qu’on n’ose rompre de peur de mettre en péril un standing de vie dont l’acquisition peut certaines fois avoir demandé des années de dur labeur et de sacrifices personnels ; ou encore l’impossibilité de faire entendre sa voix dans un environnement professionnel peut-être fonctionnel et garant de stabilité, mais totalement verrouillé par une structure si rigide qu’elle en serait étouffante…

On se convaincrait ainsi presque que les seules options à portée de main seraient la stagnation, dans laquelle on s’interdit toute ouverture et où on préfère rester ancré dans son insatisfaction – qu’on connaît ! et qui ne saurait nous réserver d’autres surprises (croit-on…) – ou alors un changement si catégorique qu’on craindrait qu’il exigeât de s’engager vers un inconnu incertain et peut-être inquiétant, mais qui parviendrait sans aucun doute à booster notre existence de par son indéniable apport d’imprévus et de surprises. Il me semble qu’on omet souvent cette autre option qui consiste à effectivement engager ce virage existentiel, mais en douceur et avec lenteur : en effet, bien que je qualifie volontiers ce type de changement d’acte radical, je ne pense pas qu’il implique nécessairement un rejet total et absolu de ce qui fait le présent de celui qui l’opère, ni même qu’il demanderait d’être pris à grande vitesse.

Voyons alors comment lentement (ou sluggishly comme disent si joliment nos voisins d’Outre-Manche) engager et assurer un radical processus de changement dans une existence qui serait peut-être devenue un peu terme et comment progressivement tenter de s’ouvrir à de nouvelles perspectives de vie.

Je suis d’avis qu’un effectif processus de changement ne peut s’opérer dans la vie d’un individu que lorsque ce dernier se confronte à ses doutes et/ou aux divers problèmes qu’il pourrait rencontrer dans son existence et qui la lui rendraient si pénible. Affronter les nœuds de sa vie implique une véritable introspection et c’est bien souvent là que le bât blesse : les personnes que je coache viennent me voir pour s’engager dans ce qu’elles souhaitent être un vrai changement de vie et il leur est quelques fois difficile d’intégrer l’idée qu’une effective réorientation de parcours existentiel ne peut se faire sans avoir au préalable totalement pris conscience de ce qui constitue son mal-être.

Conscientiser quelque chose exige qu’on s’y confronte et posséder une pleine conscience de ce qui crée son mal-être ne peut se faire jour sans qu’on connaisse l’ensemble des facteurs constitutifs de cet inconfort (et je pose ce postulat auquel je crois en gardant clairement à l’esprit qu’il ne s’agit pas là d’un pas facile à franchir). Dans une société au sein de laquelle ne semblent prévaloir que la facilité et l’insouciance la notion d’introspection peut paraître d’un autre âge et nombreux seront ceux qui interrompront leur consultation de mon article à cette phrase.

Si vous poursuivez cette lecture à ce stade de ma rédaction, vous serez alors certainement de ceux pour qui le terme anglais de change process (processus de changement) représente un véritable intérêt auquel vous saurez faire la place qui devrait être la sienne dans votre Weltanschauung (vision du monde).

Ainsi pour amorcer un changement de vie on regardera ses nœuds existentiels en face en s’interdisant de s’y soumettre et on les confrontera dans une espèce d’arrogance qui seule – je crois – sera en mesure de leur opposer la force nécessaire à les faire fuir. Et comme le préconise si bien la voie du guerrier japonaise (ou bushido), on commencera par apprendre à connaître son ennemi afin de parvenir à le combattre pour in fine le vaincre définitivement. La fuite face à ses problèmes – ou face à ses angoisses – voire même leur enfouissement ne sauraient alors être des options à prendre en compte si l’objectif est d’effectivement s’en défaire et de ne plus les voir réapparaître.

Je pense ensuite qu’il est important de s’engager, de s’investir pleinement dans ce changement si l’on souhaite véritablement l’intégrer à sa vie. Ce processus doit être proactif si l’on veut que ses effets soient rétroactifs : on mobilisera alors toute sa volonté et toutes ses forces dans le seul objectif de voir s’opérer le changement de vie souhaité. L’environnement économique et la course à l’argent dans lesquels est plongé notre monde occidental impliquent – je pense – qu’on installe une manipulation globalisée qui consiste à faire croire que tout est facilement, rapidement et en tout temps accessible à tout-le-monde. Les notions d’effort, de résilience, de patience et de sacrifice personnel n’ont bien évidemment pas place dans un tel tableau. Je suis pourtant d’avis qu’elles ne doivent pas être exclues si l’on veut qu’un vrai changement s’installe dans sa vie et qu’il soit susceptible de se maintenir sur le long terme. Je pense enfin qu’un tel changement ne peut venir que du sujet lui-même et qu’on commettrait une erreur si l’on attendait qu’un quelconque agent extérieur l’initiât à sa place.

Aussi, seules ses propres forces intérieures (d’ordres intellectuel, psychologique, affectif…) sont – à mon avis – en mesure d’opérer un vrai changement dans la vie du sujet en demande d’une telle transformation. Permettez-moi ici d’à nouveau citer mon très regretté professeur de philosophie et de théologie qui lorsque j’étais au lycée aimait à nous répéter : Ne dites pas « Monsieur instruisez-moi, Monsieur intéressez-moi, Monsieur passionnez-moi ! ». N’oubliez pas les verbes pronominaux : « Je m’instruis, je m’intéresse, je me passionne » († S. Exc. Mgr. Bernard Genoud). Voilà une autre manière de confirmer à quel point un processus de changement de vie effectif ne peut venir que de celui/celle qui souhaite le voir s’implanter dans sa propre existence. On pourrait reformuler cette phrase de mille et une façons ; je n’en tenterai qu’une (car je pense qu’à ce stade l’idée est clairement posée), à savoir : N’attendez pas que les ponts vers votre réussite et votre bonheur personnels s’érigent comme par enchantement devant vous : retroussez vos manches et construisez-les vous-mêmes !

Une autre manière de procéder (qui peut parfaitement être appliquée en complément de ce qui précède) se trouve dans un très intéressant article intitulé 7 astuces pour vous aider à gagner une nouvelle perspective (de vie, s’entend) dans lequel Jeff M. Miller propose à ses lecteurs de changer quelques-unes de leurs habitudes de manière ciblée et répétitive sur une période donnée, l’objectif étant d’injecter dans leur emploi du temps quelque chose de nouveau qui devienne un vrai facteur de motivation. Il propose ainsi que le sujet remanie la routine à laquelle il est habitué, qu’il change sa manière de conduire son quotidien afin de voir si ceci insuffle une étincelle d’inspiration tant dans sa façon de penser, qu’au niveau de son sens critique. Miller poursuit en disant que la routine est une bonne chose qui nous aide à être efficace, mais que petit à petit de mauvaises habitudes, tout comme des actions inutiles peuvent s’y être immiscées. Ainsi – avec le temps – notre routine peut-elle nous lasser, bien qu’elle constitue un rouage parfaitement fonctionnel de notre quotidien.

On tentera ensuite de faire sa propre mini-analyse en bloquant l’accès à toute composante d’ordre affectif qui empêcherait qu’on restât objectif. On observera alors son mal-être avec suffisamment de distance – voire de manière clinique – afin d’en connaître les composantes et leurs origines, puisqu’on ne saurait combattre son ennemi sans le connaître, donc sans l’avoir observé longuement et en détails.

Puis je proposerais de clairement nommer les composantes de son mal-être afin de le délimiter précisément, car il s’agit là de définir l’étendue des dégâts et je pense alors que – sans jouer sur les mots – il faille plus s’attarder sur la notion de délimitation que sur celle de dégâts. En effet, se concentrer sur l’origine et la délimitation de son mal-être oblige à rester objectif ce qui par voie de conséquence distancie le sujet de son propre mal être (ce qui est déjà une manière de l’en éloigner). Lorsqu’on sait ce qui – dans sa Weltanschauung – a permis que son malaise s’installe, on peut alors s’attaquer à cet élément précis et déterminé pour tenter de l’éradiquer. (Ce point-ci n’étant pas le propos de ce présent article, je ne le développerai pas plus avant).

On ne saurait s’ouvrir de nouvelles perspectives de vie sans clairement définir ses aspirations qu’on érigera en objectifs de vie. Je propose alors qu’on prenne conscience des composantes de sa vie présente, puis qu’on cherche quels moyens (honnêtes !) elles permettraient de mettre en œuvre afin d’atteindre ces objectifs. Les reconnaître permet aussi d’en faire des leviers susceptibles d’atteindre ces objectifs fixés.

Puis on pourra – par exemple – ordonnancer ces moyens par priorités pour ensuite définir un plan d’attaque dans lequel on décidera quelles actions concrètes engager quotidiennement afin de s’assurer d’atteindre les objectifs en question. Dans cette perspective je propose que le sujet reste constamment ouvert aux événements et à l’inattendu qui surgiraient dans sa propre existence et qu’il en retire et utilise à bon escient ce qui lui semble susceptible d’être une aide effective. Dans cette optique, pourquoi ne pas faire figurer la formation continue à l’âge adulte ou un coaching personnalisé dans la liste des possibles ?…

La tenue d’un carnet de bord permet d’objectivement visualiser son cheminement sur la voie du changement. Consigner sa progression sur papier (par exemple dans un cahier qu’on tiendra quotidiennement, comme un journal) présente l’avantage de garder une trace de ce parcours, de cette avancée vers ses objectifs, mais également de maintenir tout ce qui constitue ce changement dans des limites précises, définies, donc réelles : toute progression de cet ordre suppose évidemment la fixation d’un objectif premier et d’un objectif final, mais ce dernier peut (bien souvent…) se trouver très éloigné du sujet au moment où il entame sa démarche de changement. Cet éloignement peut alors être une source de découragement, voire même d’abandon définitif de l’effort initial engagé. Tenir un carnet de bord permet de contenir l’étendue de l’effort global à fournir dans des limites concrètes (étendue qui peut être importante, sans devoir l’être nécessairement) : ceci évite alors qu’on s’égare pour finalement tout laisser tomber.

Tout peut bien sûr être consigné dans ce carnet de bord : ses efforts, ses réussites, mais aussi ses échecs, ses doutes, ses faiblesses… En le relisant, on se confrontera à ses défaillances qu’on cherchera à surmonter, mais aussi à ses succès qu’il ne faut pas perdre de vue, bien qu’ils puissent paraître bien insignifiants une fois l’obstacle franchi. Le plus important lors de ces relectures me semble être les impressions ressenties lorsqu’on passe en revue ses premières prises de notes, une fois le processus de changement bien engagé : s’il y a progression, il n’est pas rare que la relecture de certaines annotations nous fasse sourire – c’est alors la preuve que nous avons clairement grandi dans notre cheminement et que nous nous trouvons effectivement bien loin des réflexions initiales posées sur la problématique qui nous concerne. Etant donné que chaque étape de progression nous éloigne du début de notre réflexion, le découragement risque de se faire jour – car il se peut que nous perdions de vue ce point de départ : la tenue du carnet de bord permet de se rappeler les impressions et les sentiments qui prévalaient lors de l’amorce de ce processus de changement, ainsi que ceux se faisant jour à chaque étape, puis de faire preuve de gratitude et d’indulgence envers soi-même.

Faire preuve de gratitude et d’indulgence envers soi-même… Voilà une idée qu’à mon avis on ne conscientise pas suffisamment et à laquelle on ne laisse pas la place qui devrait lui revenir dans nos vies. Je pense en effet qu’il est important – à chaque obstacle surmonté, à chaque objectif atteint – de s’auto-congratuler, voire même de s’octroyer de petites récompenses qui non seulement font du bien à l’âme et au cœur, mais qui – tout en fixant ces étapes de progression dans son histoire personnelle – permettent de leur donner une vraie consistance (à laquelle on n’hésitera pas à se rattacher par la suite, si nécessaire).

Et voilà la boucle bouclée ! Il suffit ensuite de poursuivre de la sorte et de progresser, lentement mais surement (sluggishly…) vers ses objectifs. Ce faisant, on engage non seulement un important processus de cheminement personnel, mais on s’extrait surtout d’une stagnation malsaine dans laquelle on passe souvent plus de temps à ruminer des pensées noires, souvent stériles et qui n’ont en fin de compte pour effet que d’augmenter son propre mal-être. Et on n’oubliera pas que tout cheminement se compose également d’obstacles qu’on s’interdira de fuir et qu’au contraire on travaillera bien plutôt à surmonter.

Je terminerai cette petite réflexion par cette phrase qu’un de mes professeurs (qui lui aussi deviendra un vrai maître de vie) aimait à me répéter lorsque pendant mes études le doute et le découragement se faisaient jour : Vous savez, ma chère Isabelle, si c’était simple… ça se saurait! (A bon entendeur…). Ceci étant posé, quelles autres raisons pourraient encore empêcher qu’on retroussât ses manches pour aller se chercher ce que l’on veut ?…

La vie, c’est du mouvement, c’est des soupirs – (Jean Giono).