Repérage des acquis, des besoins, mise en place d’un concept de cours et clarifications grammaticales I

Préambule :

J’indique en préambule de cet article que l’autorisation m’a expressément été donnée par ma hiérarchie de prendre des photos durant toute la durée du coaching linguistique dont il est (et sera) question dans cet article (comme dans les autres au sein de cette catégorie de mon blog et qui ont trait au coaching linguistique dont il est question ici). Je précise également que j’ai été autorisée à faire usage de ces photos dans les articles que je souhaiterai éditer sur ce blog (comme sur les réseaux sociaux) et qui auraient trait audit coaching linguistique, à condition qu’on ne reconnaisse pas l’identité de mes apprenants et que je cache une partie de leur visage sur les photos que je souhaiterais éditer (Conformément à la Loi sur la Protection des Données_Internet et ordinateur_Publication de photographies_Droit à l’image).

Bienvenue sur mon blog et merci d’avoir choisi LINGUADVENTURE© !

En complément de mes activités de formatrice d’adultes et de responsable de projets de formation l’opportunité m’a dernièrement été offerte de proposer un coaching en allemand, langue étrangère à de jeunes apprentis en formation de CFC « AGENT/-E RELATION CLIENT » au sein d’un département central d’une grande entreprise nationale suisse. Ce coaching se fera en entreprise, mais uniquement durant les périodes d’activités scolaires (conformément au calendrier scolaire établi par l’instruction publique du canton de Fribourg, dans lequel se trouve mes apprenants).

Voici – dans le premier article de cette série – les points importants qui m’ont marquée durant cette première leçon, ainsi que la stratégie pédagogique que je souhaite mettre en place afin d’aider mes apprenants à atteindre les objectifs langagiers qui sont les leurs en « allemand, langue étrangère ».

Ce qui caractérise pédagogiquement et didactiquement ce coaching est que son public-cible est constitué de candidats qui débutent leur entrée dans la vie professionnelle, avec tout ce que ce passage « de l’école au bureau », donc « de l’adolescence à l’âge adulte » suppose :

  • On a affaire à de jeunes adultes – pour certains d’entre eux encore très immatures et infantiles, alors que d’autres sont déjà très responsables ;
  • La plupart d’entre eux sont volontaires et parfaitement conscients que s’ils veulent à l’avenir augmenter leurs chances d’obtenir un poste intéressant au sein de l’administration d’une entreprise, la compréhension et la pratique de l’ « allemand, langue étrangère » s’avère indispensable en Suisse ;
  • Tous sont noyés sous des tonnes de « règles de grammaires » d’allemand (langue étrangère) qu’ils ont « bêtement » apprises par cœur mais dont aucun de leurs professeurs – que ce soit au cycle d’orientation ou à l’école professionnelle – n’a pris la peine de véritablement leur présenter l’utilité pratique.

Et me voilà face à des têtes bien pleines qui ont presque tout en mains pour parvenir à répondre aux exigences de compétences langagières orales qu’on attend d’elles, mais qui ne savent comment faire…

Mes apprenants s’avèrent en effet être totalement perdus lorsqu’en début de leçon je les engage spontanément – sans information préalable – dans un dialogue informel de niveau A2/B1 en allemand (langue étrangère), histoire de vérifier quel est leur niveau langagier effectif et de quelle « flexibilité langagière » ils sont capables…

Bien que je sois de langue maternelle allemande, je parle couramment français depuis mon plus jeune âge car j’ai grandi dans un foyer bilingue. Malgré tout, j’ai suivi tous les cours d’allemand qui nous ont été décernés depuis l’école primaire jusqu’à la fin de mon collège (les leçons en langues étrangères ayant cessé au début de mes études de niveau bachelor) ; par conséquent, je connais les règles de grammaire allemande enseignées aux étudiants au niveau du cycle d’orientation et je connais également le niveau d’ « allemand, langue étrangère » qui devrait normalement être le leur lors de leur entrée en apprentissage.

On constate que la majeure partie d’entre eux connaissent bien leur règles de grammaire, ainsi que leurs déclinaisons (nominatif, accusatif, datif, [le génitif n’étant pas enseigné à ce niveau de scolarité]), mais que ces dernières ne restent qu’au stade de CONCEPTS ABSTRAITS dans l’esprit des apprentis et qu’ils sont en parfaite incapacité de mettre en pratique ces règles de grammaire – que pourtant ils maîtrisent ! – lors d’un dialogue informel en allemand. Ajoutez à cela que leurs connaissances du vocabulaire allemand sont bien là, mais qu’elles ne forment aucune structure claire sur laquelle ils pourraient véritablement s’appuyer et qu’ils sauraient concrètement utiliser dans leur quotidien professionnel et voilà un tableau bien désolant de jeunes qui littéralement meurent de soif devant des puits qui débordent… Quel gâchis !

La Fontaine des Agenouillés est une œuvre du sculpteur symboliste belge George Minne située au cœur de Bruxelles (Belgique).

Nous sommes là face non pas à des manquements pédagogiques de la part des professeurs de langues actifs au niveau du Cycle d’Orientation ou au sein des Ecoles Professionnelles impliquées, mais bien face à une espèce de « confort intellectuel » des instances en charge de décider de ce qui doit être enseigner en matière de langues étrangères au sein des Cycles d’Orientation et on a véritablement l’impression de rester face à des « concepts » pédagogiques qui pouvaient encore passer il y a de cela 40 ans lorsque ni internet ni les réseaux sociaux n’existaient, mais qui n’ont certainement plus cours à notre époque où tout va extrêmement vite et où les réseaux sociaux – c-à-d la politique de l’ « instantané » et de la « mise en ligne immédiate » de ce qui fait nos vies –  décidera bientôt de qui est ou non « employable » (à lire en anglais).

Comment devenir plus « employable ».

Etant donné que je possède un Brevet Fédéral de Formatrice d’Adultes (et de formatrice en langues) décerné par la FSEA (la Fédération Suisse pour la formation continue) et que ma hiérarchie m’a laissé carte blanche pour cette formation d’allemand (langue étrangère), j’en profite pour tenter une expérience que je souhaite réaliser depuis un certain nombre d’années déjà, mais pour laquelle l’occasion ne s’était jamais présentée jusque-là, à savoir vérifier si la mise en pratique de techniques didactiques et pédagogiques propres à la formation d’adultes fonctionnent également face à un public d’apprenants plus jeunes (dont l’âge se situe approximativement entre 16 et 20 ans). L’idée ici étant de trouver un sain équilibre entre la pédagogie propre à la FORMATION D’ADULTES et la pédagogie communément appliquée face à un public d’adolescents et/ou de jeunes adultes.

Former de jeunes adultes

Afin de répondre à cette question, j’ai – pour ma première leçon – sélectionné du vocabulaire d’allemand (langue étrangère) susceptible d’être utilisé par mes apprentis dans le contexte professionnel qui est le leur (à savoir le travail au guichet d’un office de poste).

Sachant que mon travail de formation se baserait principalement sur l’oralité il me semblait primordial – lors du premier cours – de mettre en place une base de vocabulaire que les apprentis connaissaient peut-être déjà (mais ceci n’aurait présenté aucun problème pour la mise en place de mes leçons, bien au contraire) et pour coller au choix didactique énoncé ci-dessus, j’ai – à cet effet – décidé de faire usage des techniques Bikablo®.          

J’ai donc proposé 3 feuilles de vocabulaire de base (noms, verbes, adjectifs et adverbes) de mots allemands ayant trait à l’environnement professionnels de mes apprenants en faisant usage des techniques graphiques Bikablo® combinées au moyen mnémotechnique de la MindMap (quelque peu allégé dans le contexte présent) dont j’ai déjà eu l’occasion de parler dans ce blog (ici faire un lien hypertexte depuis le mot MINDMAP de cette phrase vers mon article blog en lien avec le mindmapping) ce qui donne ce résultat :

Vocabulaire allemand (noms)
Vocabulaire allemand (verbes)
Vocabulaire allemand (adjectifs et adverbes)

Le style quelque peu décalé, humoristique et très graphique de ce type d’illustrations permet non seulement de capter l’attention des jeunes apprenants, mais également d’interpeller leur attention, étant donné qu’ils ne sont pas habitués à être confrontés à ce genre d’outils -> par conséquent, cette simple dimension de surprise peut suffire à capter leur attention et à faciliter la fixation dans leur esprit des notions enseignées. Tous d’ailleurs ont exprimé leur enthousiasme face à cette façon – décalée pour eux et l’expérience d’apprentissage linguistique qui est la leur à ce stade de leur existence – de présenter les nouvelles notions de vocabulaire : pari gagné !

Lorsqu’on coache de jeunes adultes en apprentissage d’une langue étrangère en parallèle à leur activité professionnelle au sein de leur entreprise formatrice, il me semble important d’être au fait des techniques pédagogiques et didactiques utilisées au sein de leur école professionnelle, ainsi qu’auprès des Cycles d’Orientation auprès desquels ils ont étudié au préalable afin d’assurer un PONT PEDAGOGIQUE et DIDACTIQUE. Ceci me paraît être indispensable afin de permettre le passage réussi vers la formation linguistique en entreprise.

Il s’agit donc lors de ce coaching d’ allemand, langue étrangère de :

  • Fournir aux apprentis des outils conceptuels leur permettant de mettre de l’ordre dans les compétences langagières qui sont les leurs à ce jour ;
  • Hiérarchiser ces compétences afin que la question de savoir « ce qui est important et ce qui ne l’est pas » cesse de les inquiéter et donc de phagocyter leur temps et leur énergie (ce qui – à les entendre – est indéniablement le cas) ;
  • Leur apprendre à se mouvoir de manière intelligente et efficace dans l’édifice que représentent leurs compétences langagières en « Allemand, langue étrangère », afin de faire de ce dernier l’outil professionnel dont ils ont besoin et qu’ils réclament très clairement (car ces jeunes sont parfaitement au fait que le monde professionnel suisse attend d’eux qu’ils soient capables de comprendre, de lire et d’écrire l’allemand s’ils veulent pouvoir s’y mouvoir avec aisance) ;
  • Enfin je chercherai également à les faire parler le plus possible afin de leur fournir l’assurance nécessaire à cet exercice [d’autant que les cours qu’ils ont suivis jusque-là – ainsi que ce coaching – se basent sur de l’ALLEMAND, alors qu’en Suisse ces jeunes seront susceptibles de n’être la majeure partie du temps confrontés qu’à du SUISSE ALLEMAND, dont on sait qu’il diffère d’une région linguistique à l’autre et que dans un canton tel que le canton de Fribourg, le Schwyzertütsch  (= suisse allemand) pratiqué à Bellegarde (=Jaun) différera assez sensiblement de celui pratiqué en Basse Ville de Fribourg]. Ajoutons à ceci que selon qu’ils sont d’une région linguistique ou d’une autre, tous les Suisses Alémaniques ne se comprennent pas nécessairement entre eux lorsqu’ils se parlent dans leurs dialectes respectifs et nous voici devant un tableau dont la complexité et indéniablement une richesse culturelle nationale, mais qui justifie certainement que la pratique d’un idiome commun à tous ces dialectes – à savoir le „Hochdeutsch‟, communément qualifié de « Bon allemand » – soit favorisée au niveau d’un public-cible n’étant pas de langue maternelle allemande (ni suisse alémanique).

Ceci étant posé je suis profondément convaincue que si cette aisance langagière orale leur fait défaut en „Hochdeutsch‟, ils risquent d’être confrontés à des difficultés bien plus conséquentes s’ils se retrouvent dans un environnement exclusivement suisse alémanique.

Ce cours ne présente pas d’enjeu immédiat aussi conséquent que ceux que ces apprentis rencontrent lors des cours qu’ils suivent à l’école professionnelle simplement parce que ce cours n’implique pas de passer un test ou un examen à une échéance fixée. Il s’agit véritablement plus d’une aide à la pratique orale de la langue.

Un point est ici à relever : on pense communément – à mon avis à tort – que l’ « oral » est moins compliqué que l’ « écrit ». J’écris « à tort », car aucune oralité ne s’envisage sans l’utilisation de structures de phrases – aussi basiques soient-elles – et la structure d’une phrase n’est rien moins que la maîtrise de la grammaire de la langue utilisée. Nonobstant il me paraît ici fondamental d’encourager les apprenants à cette oralité et surtout à faire fi de tout ce qui pourraient les retenir de s’exprimer. En d’autres termes il faut leur donner le courage d’OSER COMMETTRE DES ERREURS DE LANGAGE (qu’elles fussent de nature grammaticale, syntaxique ou autre).

  

Clarification de la conjugaison de verbes réguliers au présent.
[La question ici était de savoir quand ajouter le -E intercalaire
entre la racine du verbe et sa terminaison au présent de l’indicatif]
No comment 🙂

Travailler à acquérir cette spontanéité, cette fluidité dans l’expression orale de la langue-cible – quelles que soient les erreurs qui puissent être commises ! – me paraît être le meilleur medium permettant à ces jeunes de se lancer dans l’acquisition de véritables compétences langagières utiles à leur avenir professionnel.

Lors d’un tel cours (ou coaching) il me semble primordial de casser les obstacles qui pourraient exister entre les apprenants et le formateur et qui sont liés à la « position hiérarchique » : on n’est pas dans un cours « scolaire » où on attend des élèves (ou étudiants) qu’ils fixent les informations distillées par le professeur. Le mot « élève » vient du verbe « élever », or j’estime qu’à leur âge ils n’ont plus à être « élevés ». On ne pourra pas non plus les qualifier d’ « étudiants » car ils ne se sont clairement pas lancés dans une voie menant à des études supérieures (même si – à l’avenir – rien ne les empêchera de se diriger vers la voie menant à un bachelor, un master ou plus, ce même s’ils ne sont pas allés au gymnase auparavant). Je cherche donc ici à mettre mes apprenants à l’aise en cassant tout obstacle de nature scolaire ou hiérarchique afin de favoriser l’oralité de la langue.

On constate également que le fait de « toucher » un autre type de support, d’un format inhabituel pour eux, support qui comporte les mots à connaître peut certaines fois suffire à faciliter la fixation du nouveau vocabulaire. Si – comme j’en suis intimement persuadée – tel est le cas, il s’agit là d’un parfait exemple de l’efficacité que représente la décontextualisation dans l’apprentissage, ainsi que dans l’enseignement d’une langue étrangère. 

Cette leçon correspond à la première d’une longue série de « coaching oral en ALLEMAND LANGUE ETRANGERE » : une partie importante de la leçon a ainsi consisté la se présenter, ainsi qu’à définir le contexte de cours et surtout les besoins des apprenants. Il ne faut pourtant pas omettre de véritablement transmettre « de la matière » d’étude (ou ici plutôt de réflexion, de mise en place de compétences préexistantes) sur laquelle faire réfléchir (et/ou travailler) les apprenants pour la leçon suivante afin de permettre à ce type de leçons de gagner en structure et ainsi en utilité effective. 

Clarification grammaticale_I
Clarification grammaticale_II

(Vous pardonnerez la « pénibilité » de mon écriture, mais le whiteboard sur lequel j’écris est fixe et positionné relativement bas sur le mur. Je dois donc me « contorsionner » afin de tenter d’y apposer des informations…).

Et quelle plus belle récompense demander quand on est formateur que cet éclatant sourire sur le visage d’une apprenante qui avoue – dans les termes qui sont les siens – avoir vécu un véritable FIAT LUX durant cette leçon ?

J’en resterai là pour ce premier article sur le sujet en espérant que ces quelques remarques puissent s’avérer utiles à mes lecteurs. Bien d’autres articles succéderont à celui-ci, mais dans l’immédiat, je souhaite de très belles vacances de Noël à cette première volée d’apprenants que je me réjouis de retrouver en pleine forme en janvier 2023 !