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Un morose et glacial dimanche matin de décembre 2018 je succombai à une télévisionnite aiguë et ce faisant je tombai sur une émission relatant de l’impressionnante œuvre de Ra Paulette qui depuis 1990 sculpte des grottes au cœur des montagnes du Nouveau Mexique pour nous offrir ce spectaculaire univers tout d’harmonie, de beauté, d’introspection et de communion avec nos frères humains dont le magnifique cliché ci-dessus propose un avant-goût.

Une fois mon visionnement du reportage terminé et encore sous la fascination de ce que j’avais vu, je me lançai immédiatement à la recherche d’informations sur ce remarquable artiste. C’est alors qu’en fouillant les résultats que me suggérait le-plus-célèbre-moteur-de-recherche-du-monde je trouvai le récit suivant proposé par une certaine Miss Wanderlust qui me pardonnera certainement de traduire le contenu de son article rédigé en anglais afin de vous en faire profiter – (trad. fran. : Isabelle Challande) :

Robert “Ra” Paulette est un artiste qui s’est appliqué à sculpter des grottes dans des formations de grès tendre situées au Nord du Nouveau-Mexique sans aide mécanique extérieure autre que quelques outils manipulés de ses propres mains. Aucune signalisation ne marque l’emplacement de ces grottes cachées auxquelles on n’accède qu’avec l’aide de ceux qui… connaissent leur emplacement.

Robert « Ra » Paulette les considère comme une œuvre d’amour et un don à ses compatriotes du Nouveau-Mexique. Il les décrit encore comme des sanctuaires sauvages susceptibles d’aider les humains de ce monde moderne à se connecter à leurs émotions. Le plafond des grottes est si haut (env. 6 m [20 pieds]) qu’elles génèrent une réverbération sonore semblable à celle que produirait l’intérieur d’une cathédrale.

Mais le plus difficile à décrire est ce qui se dessine au plafond, ainsi que sur les parois de ces grottes (je m’appuie pour ceci sur des supports photographiques). Les sculptures se composent de branches d’arbres tordues et courbes, ainsi que de formes fluides et entrelacées de cœurs et de fleurs qui représentent quant à elles les motifs secondaires de la grotte. Les grottes sont également agrémentées de bancs incurvés et de sièges en forme d’alcôves, permettant au visiteur de s’asseoir et ainsi de pénétrer un espace de réflexion plus intime. Plusieurs niches décorées de bougies se font jour sur toute la longueur des murs et présentent différentes offrandes aux visiteurs, telles que des cailloux, des pétales de fleurs, des billets de cinéma, ainsi que des rosaires ou autres chapelets. Une des niches a même été réquisitionnée par un oiseau afin d’y installer un nid.

En m’asseyant sur un de ces bancs encastrés je constatai que ma voix était amplifiée par la niche, bien que je me contentasse de susurrer. Voilà un des nombreux éléments représentatifs de l’atmosphère créée par – et au sein de – ces grottes. S’ajoutent à ceci l’air ambiant relativement frais, ainsi que les contours lumineux dessinés par l’intrusion de la lumière extérieure dans la grotte, contours variant au gré de la course du soleil.

En sortant de ces grottes on ne peut que se sentir transformé : on marche alors à nouveau sur la terre ferme extérieure, pleinement convaincu que l’humanité EST CAPABLE d’amour, d’altruisme et de réel don de soi.

Je restai songeuse au terme de cet extraordinaire voyage télévisé et ne pus m’empêcher de tirer un ([trop ?] facile…) parallèle avec le Mythe de la Caverne de ce cher Platon. Précisons à cet endroit que Platon n’est pas le nom du chien de Ra Paulette qu’on peut voir dans le coin supérieur gauche du cliché de la grotte représenté ci-dessus, mais bien celui du plus important philosophe antique de la Grèce classique, né en 428/427 av. J.-C. et décédé à Athènes en 348/347 av. J.-C.. La pensée de Platon synthétise et surpasse celle de ses prédécesseurs – communément appelés présocratiques. On le présente souvent comme étant rien moins que l’inventeur de la philosophie.

Et que nous dit ce fameux Mythe de la Caverne de Platon ?

L’allégorie de la Caverne, la plus célèbre de Platon, donne une représentation imagée de l’état de notre nature relativement à la connaissance et à l’ignorance. Elle n’a pas seulement une valeur didactique pour tel point particulier de la philosophie. Elle résume, en fait, la condition humaine dans son rapport à la connaissance, mais aussi ce qu’est la dialectique et en quoi consiste la vocation du philosophe dans sa relation aux autres hommes.

« Figure-toi, écrit Platon, des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute la largeur une entrée ouverte à la lumière ; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête ; la lumière leur vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux ; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles. » Platon, La République, livre VII.

Un jour, un des prisonniers est conduit à la lumière du jour, et là, il voit les objets naturels et le soleil tels qu’ils sont réellement. D’abord aveuglé, il sera, par la suite, heureux de cette connaissance et ne voudra pas retourner en esclavage. Si par amour pour ses semblables, il retourne quand même dans la caverne, il n’y distinguera d’abord que peu de choses, ses yeux s’étant habitués à la lumière. Puis, il expliquera à ses anciens compagnons l’erreur qu’ils commettent à prendre pour réalité ce qui n’est qu’illusion. Mais ils le prendront pour un fou et tenteront de le punir pour de telles affirmations.

Le mythe est un récit qui, au travers de la narration d’une histoire imaginaire, cherche à expliquer – et à rendre compréhensible à chacun – des manifestations stellaires ou sociales dont l’apparition est à l’origine de changements de comportements de plus ou moins grande importance à une échelle donnée de communauté.

Chez Platon, la caverne fait office de lieu initiatique : elle est une épreuve qui – comme dans tout récit d’apprentissage – doit être franchie avec succès par le héros dans le but d’accéder à la vérité ultime derrière les apparences. L’Homme ne doit ainsi poursuivre qu’un seul but dans la vie, à savoir son inlassable cheminement sur la voie philosophique et vers le monde des Idées, passage obligé pour atteindre l’unité à laquelle chacun aspire au plus profond de lui-même. Dans ce tableau, la philosophie (synonyme d’apprentissage et d’éducation [du latin ex-ducere : guider, conduire hors]) est le seul chemin permettant aux hommes de quitter leur caverne pour accéder au savoir, garant de liberté individuelle. Mais attention, l’Homme doit pour ceci apprendre à penser par lui-même et à trouver en lui-même les clés aux grandes interrogations de l’Existence. Et voilà que réapparaissent la maïeutique socratique que Platon nous a transmise par le biais de ses Dialogues, ainsi que les fameux verbes pronominaux de mon très cher Bernard auxquels j’ai fait référence dans de précédents articles.

D’aucuns érigeront mon raccourci de Ra Paulette à Platon en parfait exemple de sophisme et je ne pourrais totalement leur en tenir rigueur, mais je trouvai la tentation si belle que j’acceptai d’y succomber. Comme nous voilà lancés sur la voie des enchaînements improbables, restons-y et comme aimait à me le répéter un de mes chefs d’orchestre lorsqu’il s’agissait de choisir le répertoire de nos prochains concerts : Ma chère, soyons fous ! – Soyons donc fous et passons à présent directement de Platon à La Formation à l’âge adulte (et peut-être me suivrez-vous jusqu’à ce que je qualifie d’étape cruciale vers l’acquisition réussie de nouvelles compétences à l’âge adulte).

Dans ma pratique de formatrice d’adultes je me trouve très fréquemment confrontée à des adultes professionnellement actifs désireux d’entamer une formation en cours d’emploi mais qui butent contre la crainte de l’éventuel jugement négatif que leur entourage pourrait porter à leur encontre s’ils s’engageaient dans cette voie que d’aucuns assimilent faussement à un retour sur les bancs d’école. Ces candidats auraient alors tendance à tout abandonner avant même leur inscription au module de cours qu’ils souhaitent suivre.

Dans ce genre de situation je préconise principalement la voie de l’entretien interpersonnel qui aboutit très fréquemment à réordonnancer les priorités du futur apprenant qui – la plupart du temps – finit par se lancer dans son projet de formation. Mais s’il fallait trouver un remède définitif à ce frein que nous avons tous tendance à nous mettre en pareille situation, je pense qu’il s’agirait de celui-ci :

Tout comme le mythe de la caverne dépeint l’Homme se libérant de son statut d’ignorance et d’esclavage intellectuel par l’ascension de tout son être (physique, moral, intellectuel, spirituel) du fond de la grotte vers la lumière du savoir, Ra Paulette ouvre nos esprits et nos cœurs par un même type de voyage initiatique (totalement concrétisé cette fois-ci) en nous obligeant à nous enfoncer sous terre afin de nous imbiber corps et âme de son message pacifiste pour ressortir à la surface comme transformés par un rituel initiatique.

Ainsi peut-on affirmer que le changement et l’ouverture vers d’autres manières de voir les choses, vers d’autres schémas de pensées, vers d’autres niveaux de réalités par l’apprentissage préalable des clés nous permettant d’y accéder… fait partie des principales et plus fascinantes aventures de nos vies.

Mais tout comme il serait trop risqué de s’aventurer en terre inconnue sans l’aide et la protection d’un guide expérimenté, il me semble indispensable de faire appel à des personnes garantes d’un environnement intellectuel, pédagogique et didactique approprié à l’acquisition d’un nouveau savoir si l’on prétend réellement le maîtriser un jour. Je pense ainsi qu’il est plus judicieux de s’inscrire à une formation dispensée par une personne détentrice de réelles compétences pédagogiques et didactiques, à mon avis seules garantes d’une transmission effective du savoir que l’apprenant vient chercher en formation, plutôt que de se faire coacher par une personne dépourvue de tous outils pédagogiques et didactiques ou encore d’opter pour un apprentissage DIY (« do-it-yourself »).

Je suis d’avis qu’il faut ensuite oser balayer tous les qu’-en-dira-t’-on susceptibles d’être des freins à son élan vers la formation continue à l’âge adulte. Songer à ce que ses amis, ses collègues de travail, son entourage familial… pourraient bien penser de sa propre soif de savoir et permettre que ces suppositions (souvent infondées) soient un obstacle à son élan vers l’acquisition d’un nouveau savoir n’est que pure perte de temps.

Je pense qu’il faut alors oser lâcher prise et évacuer ces doutes de son schéma de pensée pour foncer. Et n’oublions pas qu’on est seul maître de sa vie et de son destin. Pour préserver l’intégrité de certains de ses choix peut être faudra-t-il les isoler et les tenir à bonne distance de son entourage qui pourrait ne pas le comprendre ou encore les désapprouver. Ceci peut ainsi aboutir à la création d’un espace au sein de son for intérieur qui soit exclusivement dévolu à ça, à son désir de progresser vers ce que l’on souhaite être sa vraie vie.

Ainsi la force d’une réelle introspection est-elle souvent sous-estimée. Mon travail de coaching et/ou de conseil aux adultes en formation qui m’approchent se base également là-dessus. Je crois en effet qu’on ne saurait pleinement profiter de tout ce que notre monde en mouvement peut nous offrir de plus enrichissant qu’à condition de savoir de quoi ce monde est fait et comment il fonctionne. Y parvenir nécessite qu’on l’observe objectivement, c’est-à-dire en s’en distanciant et en y réfléchissant posément.

Se créer une grotte intérieure, garante d’un calme immuable vers lequel revenir à chaque fois qu’on en aura besoin peut être une bonne manière d’instaurer cette qualité de réflexion, ainsi que cette connexion distanciée d’avec ce qui fait nos vies afin de se donner les moyens d’oser le changement et d’emprunter d’autres voies, d’explorer de nouveaux univers et de s’ouvrir de nouveaux horizons. Et je pense qu’on n’y parvient qu’à condition d’être seul maître de ses décisions et d’avoir le courage d’affronter l’inconnu.

J’ai – dans mon article de ce jour – osé bien des ponts improbables entre un génial sculpteur de grottes néo-baba-cool du Nouveau Mexique (tout droit sorti de la mouvance Flower Power) et Platon pour arriver à la formation d’adultes au XXIème siècle. Alors poursuivons dans cette voie insolite et osons un plus grand retour dans le temps pour nous rendre aux portes de l’Antiquité Egyptienne en un rapprochement qui ne peut que sauter aux yeux lorsqu’on est en présence de Ra Paulette et de son œuvre.

En effet, comment ne pas créer un lien entre son nom, sa manière très particulière – voire remarquable – d’apprivoiser la lumière naturelle et le dieu Amon-Râ (aussi Amon Re, Amun, Amon, Ammon, Amen; Grec : Ἄμμων Ámmōn, Ἅμμων Hámmōn), dieu du Soleil situé à l’apogée du panthéon des divinités de l’Egypte Antique ?

La mythologie de l’Egypte Antique présente le Dieu-Soleil Rê (ou Râ) comme voyageant chaque jour à travers le ciel à bord de sa barque sacrée, ce qui permettait d’expliquer la course quotidienne du soleil. La nuit, Râ évolue au sein des mondes souterrains (appelés la Douât) où il lutte pour vaincre les forces des ténèbres. Dans cette vision des choses, le soleil qui chaque jour se lève est la preuve éclatante d’une victoire répétée et remportée quotidiennement par Râ sur les forces des ténèbres.

Une troublante coïncidence s’installe alors entre le nom de Ra Paulette (bien qu’orthographié sensiblement différemment de celle du Dieu Râ) et sa remarquable façon de dompter la force de Râ (Dieu-Soleil de l’Egypte Antique). Ra Paulette ne serait-il pas un lointain oracle de son antique quasi-homonyme Râ/Rê et le message véhiculé par son œuvre sculpturale ne nous rapprocherait-il ainsi pas des grands fondamentaux universels et intemporels du Vrai, du Beau, du Bien et de la Connaissance dont notre monde occidental devrait se nourrir encore aujourd’hui ? Le pari de Ra Paulette de nous offrir une des nombreuses clés vers le fiat lux, la Paix Universelle et l’Amour, toutes choses auxquelles chacun aspire du plus profond de son être (même si cet élan est inconscient) n’est-il pas de fait pleinement gagné ?

Je serais pour ma part plutôt encline à répondre par l’affirmative.

Quant à l’autre question de comment – dans nos viesparvenir à atteindre cet idéal , j’ai tenté de vous en proposer ce qui n’est qu’une partie de ma réponse très personnelle qui se nourrit – entre autres – de mes convictions pédagogiques les plus profondes pour lesquelles je m’engage totalement, mais que je ne cherche aucunement à ériger en vérités universelles.

Puissent-elles simplement vous être utiles.

Merci Ra Paulette !